23.05.2008
Retour sur la Mission 2008
Quatre mois déjà que notre mission est terminée. Quatre mois pendant lesquels nous avons pu réfléchir à nos insuffisances, et aux perspectives d'avenir.
Notre bilan est, certes, très positif. Nous avons beaucoup opéré, à tel point que nous avons consommé la quasi-totalité du matériel que nous pensions avoir prévu avec beaucoup de marge. Nous avons donc fait nos consultations pendant le laps de temps nécessaire pour la mise en place bloc entre deux opérations. Un avantage : un gain de temps considérable. Des inconvénients : un programme de consultation décousu, le manque de rigueur dans leur déroulement, le personnel monopolisé pour le bloc opératoire n'était plus disponible pour faciliter le travail administratif indispensable.
Ces petits problèmes devraient se résoudre sans difficulté pour notre prochaine mission. En revanche, et comme à l'accoutumée nous sommes revenus avec un regard nouveau sur nos prochaines orientations.
Les conditions de vie de la population paysanne était déjà très difficiles. Elles ont toutes les chances de devenir dramatique dans les mois à venir. Les pluies diluviennes de la dernière saison humide ont fait s'effondrer de nombreux silos a grains et un grand nombre d'habitations. Les réserves de semences et de grains destinés à l'alimentation pour toute l'année ont ainsi été perdues. Par ailleurs, on assiste à une hausse conjoncturelle du prix des denrées alimentaires sans précédent. Un grand nombre de familles est donc d'ores et déjà condamné à la famine.
Au-delà de ce drame qui se prépare, nous devons prévoir de nourrir et d'héberger un plus grand nombre d'élèves dans notre école pour enfants sourds. D'autre part, nous avons pu constater que nous pouvions transposer notre action aux enfants malvoyants qui sont également livrés à eux-mêmes.
Il devient donc évident que nous devons créer un établissement pour handicapés sensoriels et de réussir à un échelon plus élevé ce que nous avons réalisé avec les enfants sourds.
Olga Torelli, responsable de l'école, s'est déjà investie dans ce projet et nous réfléchissons ensemble aux moyens à mettre en oeuvre pour le voir aboutir.
Chaque goutte d'eau que nous avons apportée nous a amenée à la certitude que c'était un seau qui il nous fallait.
17:45 Publié dans humanitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chirurgie orl, enfants sourds, ouahigouya
23.04.2007
Méningite au Burkina
Une nouvelle calamité s'abat sur le Sahel en général et le Burkina Faso en particulier. Rappelons que la méningite sévit régulièrement dans ces régions et laisse des milliers de morts et de séquelles neurologiques.
Ce sont ces séquelles qui nous ont amenés à créer notre mission ORL en 2003.La surdité dans ces pays enferme les enfants dans un monde difficile à imaginer dans notre système: elle aboutit à la mutité qui est presque toujours assimilée à une déficience mentale. Il faut pourtant les voir quand ils sont réunis dans une salle de classe: ils sont enthousiastes,accrocheurs, et surtout, heureux d'être ensemble.
"Une épidémie de méningite sévit au Burkina Faso alors que huit autres pays d'Afrique de l'ouest sont touchés à divers degrés par cette maladie très contagieuse, signale aujourd'hui le Bureau de la coordination des affaires humanitaires qui rapporte 8 557 cas dont 798 décès dans la région depuis le début de l'année. « La fluidité des frontières et les migrations saisonnières traditionnelles qui caractérisent le Sahel à partir de mai-juin pourraient rapidement propager la maladie dans les semaines à venir » a prévenu Hervé Ludovic de Lys, chef du Bureau régional de la Coordination des Affaires Humanitaires pour l'Afrique de l'ouest (BCAH) dans un communiqué publié depuis Dakar aujourd'hui. En tout, neuf pays sont touchés, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Bénin, le Mali, le Ghana, le Nigeria, le Tchad et le Togo. Le Burkina Faso est, de loin, le pays d'Afrique de l'ouest où l'épidémie est la plus répandue avec 7 333 cas dont 583 décès recensés entre le 1er janvier et le 11 mars 2007, soit un taux de létalité de 8%. Sur les 55 districts du pays, 22 sont considérés en état d'épidémie dont trois dans la capitale Ouagadougou. Pour faire face à l'épidémie, le gouvernement, avec l'appui de l'Organisation mondiale de la santé (<" http://www.who.int/fr/">OMS), a lancé un appel de fonds de plus de trois millions de dollars américains. A ce jour, le gouvernement burkinabé a débloqué 757 000 dollars, le Canada a offert des vaccins pour l'équivalent de 188 000 dollars, l'Unicef a participé pour 200 000 dollars. De son côté, la Fédération Internationale de la Croix Rouge (FICR) a alloué 57 393 USD à la croix rouge locale pour assister le gouvernement burkinabé dans la campagne de vaccination et de mobilisation sociale. Médecins Sans Frontières (MSF) et Plan Burkina apportent un appui technique et financier au Ministère de la santé. L'OMS, qui avait souligné l'existence de poches de méningites dans de nombreux pays africains la semaine dernière définit cette maladie comme hautement contagieuse. Elle se propage à grande vitesse si rien n'est fait pour l'endiguer. "
21:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Méningite, Sahel, surdité
07.04.2007
Mission au Cambodge
Voici un extrait du journal de bord rédigé lors de ma première mission humanitaire.
Tout d'abord, plantons le décor: nous sommes en mai 1980, le Cambodge sort à peine du cauchemar du régime des Khmers Rouges: le tiers de la population a été massacrée ou est morte dans des camps de travail aux conditions inhumaines. Ceux qui ont pu s'échapper croupissent dans des camps de réfugiés: j'ai visité Kao-I -Dang, plus de 200.000 personnes parquées dans les barbelés...
Les troupes Vietnamiennes, débarassées des Américains envahissent le Cambodge et chassent les Khmers rouges.
Dans les montagnes des Cardamones,au Sud Est du pays un villagede 5000 âmes est isolé, il est assiégé à la fois par les Khmers Rouges et par les Vietnamiens. On y meurt de faim, de palu, de béri-béri au rythme de 15 à 20 par jour. Les maquisards qui les protègent sont des Khmers Séreï, nationnalistes qui refusent de se rallier à leurs adversaires
Une mission de sauvetage a été montée par des Monégasques dans des conditions rocambolesques, et l'association Monaco Aide et Présence a été créée autour de cette action. Sur place était également présente une équipe d'Adventistes américains, les SAWS
Dés le lendemain de mon arrivée au village de Sokh Sahn (village de la paix en Khmer) nous avons été attaqués par les vietnamiens et nous nous sommes repliés dans le no mans land qui sépare la Thailande du Cambodge.
Cet extrait relate une 4ème attaque nocturne, le 28 mai, ila été rédigé sur le terrain le surlendemain.
Extrait du journal de bord du Lundi 28 mai 1980« Vers 17 heures, nous voyons arriver une cargaison d'adventistes dont un dentiste pour qui on avait construit réduit de consultation (alors que nous n'avons pas de place pour les malades perfusés) nous avons d'ailleurs dans la matinée utilisé ce « bâtiment » comme salle d'examen gynécologique, grâce à quelques couvertures, et je n'ose pas leur dire que nous venons de terminer une extraction dentaire.
Avec les SAWS débarque Monir, souriant et très entouré, il nous donne des nouvelles optimistes de l'aspect politique de leur combat ( C’est le fils de leur chef Son San). La situation militaire semble s'être également stabilisée. Le baromètre du moral remonte au beau fixe. Le repas du soir se passe à tirer des plans sur l'organisation du village. La soirée va se terminer dans la hutte où nous nous rassemblons pour déguster des gâteries ramenées de Chantaburi.
Je sors mes cigares et mon harmonica, nous chantons quelques airs folkloriques « bien de chez nous ». Bref, c'est l'euphorie. Nous incitons Monir à partager une boîte de litchis au sirop, il tient des propos résolument optimistes, et c'est à ce moment précis que nous entendons un hurlement terrifiant suivi d'une explosion assourdissante très près de nous. C'est la stupeur ! L'espace d'une fraction de seconde, nous avons du mal à y croire. Cira, la sage-femme, demande même s'il faut se coucher. Une deuxième explosion nous retrouve tous à plat ventre sous la hutte. Sans perdre de temps, on rafle les sac à dos, je plie non hamac comme un vrai guérillero, mais j'ai des difficultés pour enfiler mes chaussures. Sans prendre le temps de les lacer, je récupère mon stéthoscope, mais je ne trouve plus le reste du matériel. Tous semblent prêts. Un coup d’œil m'avait permis de contrôler que les malades perfusés avaient retrouvé leurs jambes et disparu, emmenés soit par le Toyota des SAWS, soit par leur famille. Nous courons sur le chemin encombré par les villageois portant leurs pauvres hardes, des enfants trottent pieds nus dans la nuit, certains portant un plus jeune sur leur dos.
Nous sommes violemment éclairés par les phares de la Toyota qui cahote derrière nous, surchargée par une grappe humaine. Les obus (ou plutôt les fusées de 122) tombent assez près et leur éclatement se répercute dans toute la forêt.
Il faut recommencer à courir et à se jeter dans les fourrés à chaque sifflement. Il est environ 20 h 30. Je laisse passer le Toyota, et confie mon sac aux passagers, ce qui me permet de rafler au passage un gosse de trois ans environ qui court pieds nus, apparemment tout seul. Jacques fait de même. Je cours un moment derrière le véhicule, puis je vois ses feux rouges s'éloigner petit à petit.
Mon gamin se cramponne à mes épaules sans un mot. Chaque fois qu'il faut se jeter à terre, je le sens trembler convulsivement, terrorisé par les bombes. La cohorte des fuyards s'éclaircit, je me retrouve avec deux enfants de dix ans environ et deux jeunes filles (ou femmes) qui marchent à mes côtés. L'un d’eux me met d’autorité entre les mains un instrument tranchant qui s'apparente à une serpette.
Je ne sais si c’est pour s'ouvrir une route dans la forêt ou pour les défendre contre ce qu’ils semblent redouter le plus : une attaque par un commando à pied qui pouvait facilement couper notre retraite. J'apprendrai plus tard que Monir avait la même hantise, en particulier à un carrefour où aboutissait une piste venant du Nord.
Cet instrument ne facilite pas les plongeons à terre car je dois faire attention à ne laisser dépasser que le minimum de ma précieuse personne, en même temps il faut protéger l'enfant toujours collé à moi, et ne pas le blesser avec ma serpette.
Après trois quarts d'heure de marche, les explosions semblent s'éloigner derrière moi, je recommence à respirer quand deux autres détonations me parviennent loin devant, ce qui provoque également un flottement chez mes compagnons. Nous continuons à marcher d’un pas rapide malgré la chaleur, mon souffle court et mes pieds qui commencent à me faire souffrir, car je n'ai toujours pas eu le temps de lacer mes chaussures. Je suis trempé de sueur et probablement aussi des urines de l'enfant qui n'a toujours pas laissé échapper la moindre plainte.
Petit à petit, les explosions s’espacent, une seule chose compte, marcher sans s’arrêter. La forêt me paraît accueillante, surtout quand elle est très sombre ; entre le sommet des arbres j'entrevois souvent une constellation de trois étoiles en triangle que je verrai tout au long du trajet : il faudra que je me renseigne sur ce sympathique trio.
Encore une heure et demie de marche forcée, je fais signe à mes compagnons de s'arrêter. Les explosions semblent avoir cessé. Nous avons traversé sans encombre les deux passages que je redoutais : le fameux carrefour et une grande clairière où nous sommes très exposés par le clair de lune. Un des enfants profite de l'arrêt pour vidanger un intestin manifestement malmené. Personne ne parle, et nous repartons après que j'ai enfin lacé mes chaussures, ce qui rend la douleur plus forte encore. La marche reprend, j'ai des crampes dans les bras, mon gamin bâille à se décrocher la mâchoire : son moral parait remonter.
J'ai dû parcourir environ 12 à 13 km, quand j'entends un bruit de moteurs et bientôt un phare éclaire la piste. Mes compagnons de route se sont évaporés dans la forêt. C'est une moto qui arrive, pilotée par un soldat Thaï qui paraît fou de joie de me retrouver, moins que moi de le voir tout de même.
Il fait comprendre aux villageois qu'ils sont désormais en sécurité et ne les encourage pas à aller plus loin. Je monte sur la moto avec mon protégé et nous voila partis pour une séance de motocross je n’oublierai pas ! Très rapidement nous arrivons au camp, le phare éclaire mes camarades alignés comme à la parade, tous paraissent consternés. Ce n'est que lorsque je descends de la moto qu'ils s'animent, partagés entre le soulagement et le désir de me passer un savon !
Nous tombons dans les bras les uns des autres et nous couchons l’enfant dans un hamac où il s'endort d'emblée.
La suite est plus floue dans mon esprit. Je revois le 4 x4 nous apporter un blessé : c’est notre cuisinière, elle a une vilaine plaie de l'épaule gauche avec perforation pulmonaire. Le chirurgien adventiste la panse sommairement, elle est mise sous perfusion sur un brancard de fortune. D'autres blessés arrivent également, mais je suis tellement épuisé que je m'écroule dans mon hamac sans souvenir précis de ce qui s'est passé. Daniel et Corinne sont allés dans la nuit à Chantaburi pour alerter la Croix-Rouge et téléphoner à sœur Gabrielle pour qu’elle ne donne que des nouvelles « contrôlées »en France. Daniel paraissait peu emballé par cette mission, mais je suis trop crevé pour le faire à sa place. »
Si cela intéresse quelqu'un j'ai encore d'autres extraits à publier....
19:20 Publié dans Cambodge | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cambodge, Khmers Rouges, génocide


